Sur son blog personnel, Thierry Saussez, directeur du Service d’Information du Gouvernement et délégué interministériel à la communication annonce son départ et s’efforce de mettre en valeur le « chemin parcouru ».
Compte tenu de la manière assez inélégante dont il évoque le bilan de ses prédécesseurs
- dont je suis - en affirmant que « le SIG a plus changé en 2 ans que dans les 10 années précédentes », sans doute pour, par contraste, démontrer l’ampleur de ses apports à la communication gouvernementale, j’ai souhaité présenter ici mon analyse et rectifier certaines assertions :
Il aurait fait passer le SIG d’un service « pour l’essentiel destiné au suivi de l’opinion et à la labellisation des campagnes publiques à un pôle d’analyse, de coordination et d’impulsions, centre de ressources stratégiques de la communication gouvernementale ».
Ceci est inexact, et je me félicite d’avoir établi à mon départ en 2005, un bilan écrit des réalisations du SIG qui peut en attester : la veille de l’opinion étant indissociable de l’analyse et l’analyse des préconisations, c’est à l’évidence à ces trois exigences que répondait le SIG : rédaction de près de 80 argumentaires pour les cadres dirigeants de l’Etat et le porte-parolat du gouvernement, notes stratégiques au Premier ministre tous les lundis matin (plus de 60 notes), notes d’analyse et d’alerte sur l’opinion hebdomadaires, baromètre de l’action gouvernementale dans les journaux télévisés hebdomadaire, création de « Sociosig » outil d’analyse des tendances de l’opinion, création d’un outil de marketing politique ciblé pour les ministres, mise en place d’une cellule sur la communication de crise etc… sans parler de la mise à disposition des ministres d’un dispositif de média-training.
Quant au rôle de coordination du SIG, il est très ancien et procède de la circulaire « rituelle » que chaque Premier ministre adresse aux ministres lorsqu’il prend ses fonctions, circulaire qui donne autorité au directeur du SIG pour coordonner toutes les campagnes ministérielles.
Il est vrai que Thierry Saussez a « mutualisé » les crédits ministériels de communication, ce qui signifie qu’il a pris en gestion centralisée au niveau du SIG les crédits précédemment déconcentrés dans les ministères ; c’est une étape supplémentaire de centralisation qui peut se comprendre dans une logique de performance : j’avais moi-même finalisé, sur un travail engagé par mon prédécesseur, une mutualisation de l’achat d’espaces publicitaires des ministères afin d’optimiser les tarifs ; mais quel usage en a-t-il fait ? Personnellement, je regrette que des campagnes à caractère conjoncturel et à visée politique de court terme se soient substituées à des campagnes d’information du grand public sur les politiques publiques ; il n’est pas sûr que le gouvernement ait été gagnant quand la communication « déclarative » sur la réforme s’est substituée à la communication par la preuve de l’action publique.
D’ailleurs, dans une tradition de réserve, mes prédécesseurs -de quelque bord qu’ils soient-, moi-même et mon successeur nous étions interdit de promouvoir les réformes non votées par le Parlement sur des supports audiovisuels en violation de la législation applicable.
C’était une doctrine constante du SIG, qui est, je le rappelle, une direction des services du Premier ministre et dont les personnels sont amenés à servir tous les gouvernements qui se succèdent, ce qui suppose une certaine déontologie.
La communication en direction des préfectures a toujours existé au travers de réunions périodiques des chargés de communication des préfectures et d’argumentaires diffusés aux préfets via un outil l’extranet « Intercom » ; ceux-ci ont toujours été les relais des campagnes de communication gouvernementale et joué un rôle dans l’animation des débats locaux, notamment le débat sur l’école.
Quant au « rééquilibrage des investissements publicitaires de l’Etat en faveur de la presse écrite », il faut rappeler que les plans médias des campagnes gouvernementales ont toujours inclus des annonces presse dans la presse quotidienne nationale comme dans la presse quotidienne régionale ! Je me souviens même de réservations d’espaces demandées par la régie publicitaire de l’Humanité, déclinées ensuite par la rédaction, s’agissant de la Réforme des Retraites ! Il ne s’agit pas ici de rééquilibrage, mais d’aides complémentaires à la presse décidée après les Etats généraux et s’ajoutant à celles déjà existantes sous forme de versements directs du Ministère de la Culture ou indirects en matière de tarifs postaux. Il est vrai que j’ai toujours considéré que l’Etat « annonceur » devait construire des plans médias optimisant l’argent du contribuable et que la confusion des objectifs n’est jamais pertinente.
Quant à « la remise à niveau de l’Etat sur le net », c’est faire bon marché de l’énorme travail conduit de mon prédécesseur à mon successeur : coordination des « .gouv.fr » dans un club de l’internet public réunissant tous les ministères, refonte du site du Premier ministre (décorée d’un clic d’or en 2004), création de la première cellule de veille sur internet de l’Etat en 2002 (qui s’est illustrée en observant et analysant la première campagne « numérique » de l’histoire à l’occasion du referendum sur le TCE) mise en place d’un outil de mesure de l’audience de tous les sites publics (projet Stat@gouv), création d’une régie de bannières interministérielle (Projet E-régie), etc. Je ne trouve pas en ce qui me concerne qu’on ait beaucoup progressé sur la présence de l’Etat sur les réseaux sociaux, sur l’interactivité des relations entre les institutions et les citoyens, bref, sur tout ce qui fait aujourd’hui la vitalité du monde numérique. Aucun débat national animé sur le net, ce qui aurait pu peut être déminer certains malentendus…
Mais ce dont je suis le plus fière c’est d’avoir initié le « guide du débat citoyen » (paru à la Documentation française en 2005), d’avoir ouvert un site de débat public « forum.gouv.fr » et d’avoir convaincu le Premier ministre de la nécessité pour conduire à bonne fin une réforme de la démarche : diagnostic partagé, débat citoyen, dialogue social, décision, qui a permis la réussite de la première réforme des retraites… Nous n’étions qu’au milieu des années 2000, et pourtant, cela préfigurait, déjà, la démocratie participative et l’ère Obama.
C’est bien une conception différente de la communication gouvernementale qui me différencie de Thierry Saussez ; je crois au rôle essentiel d’ingénierie du débat public qui doit être celui de la communication gouvernementale, organisée très en amont des décisions politiques afin de faire partager la conviction de la nécessité des réformes et d’organiser le « momentum » indispensable pour que les citoyens acceptent la décision politique comme résultant d’un vrai moment de démocratie.
Un enjeu d’actualité !
Un point d’accord essentiel : les dépenses de communication sont toujours moins coûteuses que le prix politique à payer du fait d’absence ou d’erreurs de communication.
C’est évident sur l’Europe, ce sera le cas pour toutes les réformes.
Françoise Miquel
Je souscris totalement à ta réaction, chère Françoise. En te succédant à la direction du SIG en 2005, je me suis efforcé d'agir, avec la même éthique et le même attachement à l'intérêt général.
Et c'est en cela que nous partageons une conception semblable de la communication gouvernementale, sans pour autant renier notre engagement politique que nous avons mis au service d'un même Premier ministre.
Il est absurde de comparer les périodes durant lesquelles les directeurs du SIG ont servi. Pour illustrer cette absurdité, je ne prends que deux exemples.
Parler de remise à niveau de l'Etat sur le Net n'a guère de sens. Le réseau des .gouv a constamment évolué, figurant parmi les plus fortes audiences de la toile. Les sites gouvernementaux ont, depuis leur naissance en 1995, toujours évolué au grès des innovations technologiques et des usages des internautes. En 2005, 43% de la population française utilisait Internet. En 2010, on compte plus de 70% d'internautes. En 2005, les réseaux sociaux n'existaient pas et la consommation massive de vidéo n'a démarré en France qu'au moment où youtube.fr est né en 2007.
Pour autant, ni toi, ni moi, ni nos prédécesseurs n'avons attendu derrière un bureau, les bras croisés. Nous avons chacun, différemment, analysé, anticipé les évolutions, professionnalisé la communication gouvernementale et cherché à moderniser la relation entre l'Etat et le citoyen.
Le deuxième exemple réside dans la relation entre cette administration et l'exécutif. Chacun comprendra que la pratique institutionnelle éprouvée depuis 2007 a changé profondément la donne.
Vincent de Bernardi
Rédigé par : Vincent de Bernardi | 15 octobre 2010 à 15:42
Chère Françoise, cher Vincent,
J'ai eu l'honneur et le plaisir de travailler à vos côtés au SIG.
Je fus, à ce titre, un témoin privilégié de vos engagements respectifs et, à mon modeste niveau, j'appuie pleinement vos réponses au billet qui a fait réagir Françoise.
Le chemin parcouru évoqué dans ledit billet a, entre autres, abouti à une campagne affirmant "Vous êtes impatients, nous aussi". En voilà une formidable réponse à "l'attente forte des citoyens" dont l'auteur parle dans sa conclusion...
Amitiés à vous 2,
Laurent
Rédigé par : Laurent | 15 octobre 2010 à 16:57
@Vincent Youtube.fr n'existe pas :)
http://fr.wikipedia.org/wiki/YouTube
Youtube a été créé en février 2005
Racheté l'année suivante par Google et localisé en Europe en 2007.
Dailymotion a été créé en mars 2005.
Rédigé par : JB Ingold | 15 octobre 2010 à 17:07
@Jb Ingold,
je parlais de la version française de youtube dont l'url n'est effectivement pas youtube.fr. Dont acte :-)
Rédigé par : Vincent de Bernardi | 15 octobre 2010 à 17:56
Chère Francoise,je reconnais bien la votre tempérament mais je ne vois pas en quoi le changement accélère du SIG,au niveau de ses moyens,de sa structure et donc de sa capacité d'initiative minore,en quoi que ce soit,l'action de mes prédécesseurs.Aucun bilan n'efface le précédent,il le complète et nourrit le suivant.Je pense surtout que les progrès réalises sont ceux de toute l'équipe du SIG.C'est aussi l'occasion de leur rendre hommage.Vous devriez vous en réjouir de la même façon que j'espère que mes successeurs pourront a leur tour développer davantage l'échelon interministériel.Bien a vous
Rédigé par : Thierry saussez | 15 octobre 2010 à 19:19
De son peu glorieux surnom de "Goebbels", ce qui ne fut pas le cas de ses prédécesseurs, maintenant qu'il est enfin viré, Qu'IL SE TAISE !
J.
Rédigé par : Joelle75 | 13 novembre 2010 à 11:24