Née en Tunisie, de père né à Tunis ancien administrateur du gouvernement tunisien de la première promotion de l’ENAT, de grand père ayant choisi la Tunisie à l’âge de 11 ans directeur de l’Ecole normale de Tunis, j’ai cru pleurer en voyant les images de la foule tabassée sur les trottoirs de l’avenue Bourguiba.
Je revenais le 7 janvier d’un pèlerinage à Tunis, après la mort de mon père, rassurée de voir bien conservée la maison construite à Cité Jardins au Belvédère de Tunis dans les années 20, apaisée par la douceur de la vie tunisienne contrastant avec la violence de la vie parisienne.
Bien sûr, j’avais souri à la litanie des vœux au Président Ben Ali exposés en grands formats dans les journaux les plus serviles, encarts achetés obséquieusement par les entreprises publiques, les banques, les assurances, tous ceux que de bonnes relations avec le Président policier s’imposent pour leurs affaires…
Bien sûr, l’omniprésence policière m’avait plus choquée, une fois de plus, que sécurisée.
Bien sûr, j’envisageai une analyse syntaxique et lexicale de la prose fleurie et servile des journalistes officiels, spécialement formés dans une école de journalisme créée par le pouvoir.
En ma qualité de femme, j’espérai que cet Etat policier me permettait de circuler sans regards hostiles partout et à toute heure dans les villes.
Beaucoup d’entre nous français ont pu croire que le Président policier était un rempart contre l’intégrisme islamiste.
Je suis rentrée de Tunisie le 7 janvier ; malgré le début des incidents, je pensai que la douceur des tunisiens ne se transformerait pas en colère légitime.
Je suis choquée du silence voire des ambiguïtés des positions du gouvernement français, sans parler des souhaits incongrus de coopération policière formulés par la ministre de la Défense…
La seule position possible est de constater que le peuple tunisien est mûr pour une authentique démocratie et d’appeler non seulement à des élections anticipées, mais à un changement immédiat incluant le rassemblement de toutes les forces politiques pour la construction d’un autre système politique.
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