Dans la cuisine
de ma campagne, depuis cette année, vit Fievel.
Fievel est
telle qu’elle s’est montrée comme star de cinéma : gracieuse,
futée, libre et très, très mal élevée ! Fievel circule entre mes
plaques de cuisson, mon micro-onde, mes plateaux soigneusement alignés
à la verticale, mon évier, le dessus de mes placards ; elle me laisse
ici et là de petits témoignages noirs, ovales et bien formés, de
ses circulations nocturnes ; il y a un sens de circulation chez Fievel,
qui suit sans doute les microscopiques miettes d’aliments que mon
activité humaine ne peut soustraire à la vigilance de mon éponge
enlessivée.
Au début,
Fievel m’enchante ; je l’imagine, c’est une visiteuse du soir
assez charmante ; puis Fievel fait du grabuge ; elle fait des trous
dans la serviette de lin qui enrobe le fond de mon panier à pain, elle
rend mon chien Rasta fou d’excitation et de colère ; il gratte partout,
avec un bruit hystérique, il plaint, il pleure, s’agite bêtement
; il démolit le sommier d’un matelas d’une chambre de l’étage :
non, Rasta, jamais tu n’aurais cette souris, trop maligne et alerte
pour toi.
Alors, je m’y
colle ; j’entreprends de suivre la trace ; tous les matins, je fais
minutieusement le tour des lieux qu’elle a visités ; un jour, je
la coince : elle est dans ce coin, sous les planches à découper, se
tasse pour ne pas être vue tout en me fixant de ses yeux d’obsidienne
fixes ; elle tente de s’échapper, je l’attrape par la queue, la
toise de ma hauteur de géante incapable de lui faire du mal : que faire ?
Elle ne bouge plus, fait la morte ; alors, j’ouvre la fenêtre et la
lance le plus loin possible de ma cuisine à sanctuariser.
Culpabilisée,
je me précipite dehors : elle n’est plus là, dans les feuilles ;
est elle vivante, enfuie ?
Ouf ! Enfin
seule.
Je guette les
petites graines noires pendant des semaines : en serai-je enfin débarrassée ?
Hélas, Fievel
revient, me défie, la traque reprend.
Hier, Rasta
a acculé Fievel dans le cageot de bouteille, je le saisis, le porte
à l’extérieur, et là, surprise : Fievel est coincée dans le fond
d’une bouteille de cidre ; elle est prise au piège.
Je la regarde,
elle me scrute : impossible d’en finir ; mettrai-je un bouchon pour
une mort lente ? J’émiette des bouts de biscotte au fond de la bouteille
; je réfléchis à « comment se débarrasser de Fievel sans la tuer
et sans qu’elle revienne » !
Finalement,
je décide de la libérer à 5 kms de chez moi. Je la mets sur le toit
de ma voiture pour qu’elle échappe à la traque de Rasta, toujours
hystérique. Elle est terrorisée, tremble les pattes avant repliée
en une dérisoire posture de défense ; je la rentre dans le noir de
l’entrée : elle semble plus calme.
J’avance
mon départ de la campagne ; la bouteille est sur le siège passager
avant, dans un sac de plastique bleu opaque, soustraite aux regards
de mon chien ; je roule ; j’avise un chemin rural, un poteau télégraphique,
parfait pour briser la bouteille, que je penche pour ne cogner que le
culot ; hélas ! Fievel est à terre, immobile, pas une goutte de sang
; est elle traumatisée, morte ?
Je l’asperge
de Volvic : elle ne réagit pas, les yeux fixes ; je me sens stupide,
criminelle.
Je pars.
Des progrès
à faire dans l’art de capturer Fievel.
Mes enfants
ont détesté cette histoire. Moi aussi.
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